La baie des marchands est un jeu qui aurait pu passer inaperçu et se fondre dans la foule grouillante des sorties ludiques.

En effet, sa mécanique principale repose sur un postulat très simple : les joueurs vont incarner des marchands qui vont essayer de contenter au mieux les clients arrivant sur leur île afin d’en retirer le meilleur profit sous la forme de pièces d’or. Jusque-là nous ne nageons pas dans un océan d’originalité et rien ne semble nous mener vers l’euphorie.

Et pourtant, grâce à ses très nombreux atouts, la baie des marchands va nous faire gravir les hautes de la félicité.

Premier atout : le matériel. Il y a encore quelques années, nous aurions sans doute eu droit à un matériel quelconque qui nous aurait demandé des trésors d’imagination pour nous immerger dans le thème. Dans le cas de la baie des marchands, les petits oignons ont été mis dans les grands plats. Outre les illustrations chaleureuses et immersives, la boîte déborde de matériel abouti sous la forme de bateaux en 3D, de figurines finement taillées, des meeples illustrés, des gemmes de points de victoire, de cartes à foison remplis de personnages truculents, d’un plateau chatoyant et surtout de multiples autres accessoires propres à chacun des joueurs.

Ce qui nous mène au deuxième atout : alors que le jeu aurait pu proposer une expérience monotone où chaque joueur produirait ses marchandises de manière uniforme, nous avons droit ici à une proposition d’asymétrie proprement jouissive. Nous allons pouvoir littéralement incarner des marchands bien spécifiques avec leur mécanisme de production individuel.

Le forgeron aura à cœur de proposer les plus belles armes et armures en veillant à la bonne tenue de ses fourneaux qu’il doit mener à bonne température par la grâce de ses dés alliages et charbons.

L’alchimiste s’échinera à concocter dans ses chaudrons divers élixirs et potions en manipulant ses petites billes d’ingrédients.

La capitaine parcourra les mers à la tête de sa flotte de quatre bateaux à la recherche de trésors et de pêches fructueuses, aidée en cela par sa boussole et ses pièces maudites.

Le chronomancien traversera le temps et l’espace avec son fidèle assistant pour rapporter des reliques et artefacts venant de civilisations passées et futures tout en essayant de ne pas perturber les flux temporels.

Nous voilà glissant vers le troisième atout découlant du précédent et qui sans des mécanismes clairs et intelligents aurait pu finir en point noir : l’interaction. Il y a une vraie course à la production pour satisfaire les clients débarquant sur notre île et chacun se doit d’être particulièrement attentif à ce que les autres préparent dans leurs coins ce qui se fait d’un simple coup d’œil sur les plateaux et étals de marchandises des joueurs. Rien n’est caché, tous travaillent pour ainsi dire à ciel ouvert et ceci nous amène à la vigilance voire à la fourberie.

Le reste de la mécanique du jeu est classique sans en être moins jubilatoire. Les actions entreprises par les joueurs leur coûtent du temps répercutées sur l’horloge d’ordre du tour, les clients de différents clans (guerriers, bardes, sorciers et nobles) demandent des marchandises de leur couleur et de leur desiderata de taille, des habitants de ville sous forme de cartes viendrait nous donner les coups de pouce nécessaires au bon fonctionnement de notre échoppe et les voyous et autres malandrins nous offriront leur concours moyennant une corruption dont il nous faudra maîtriser les effets pour ne pas la subir de plein fouet en fin de partie.

Il existe d’ores et déjà quelques extensions à ce magnifique jeu apportant chacune d’elle, soit un nouveau personnage (l’aubergiste, l’oracle et l’éleveur de dragon), soit différents modules, tous extrêmement bien pensés, pour agrémenter vos parties d’un nouvel assaisonnement.

La baie des marchands est en conclusion un jeu abouti et diablement efficace dont l’originalité de l’asymétrie et la profusion de matériel étincelant ravira tout type de joueurs et leur procurant un plaisir de jeu confinant à l’enthousiasme et, à terme, à l’addiction.

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